
Marchés Emergents
Alors que le conflit entre l’Iran, Israël et les États-Unis s’installe dans la durée, les entreprises et investisseurs exposés au Moyen-Orient doivent composer avec un environnement de plus en plus incertain. Au-delà des opérations militaires, les perturbations des flux énergétiques, la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et les recompositions géopolitiques régionales redessinent les équilibres économiques du Golfe.
Lors de notre dernier webinaire, les équipes de TAC ECONOMICS ont analysé les principaux risques géopolitiques et macroéconomiques liés à cette crise. Voici les principaux enseignements à retenir.
Après plusieurs mois d’affrontements et de frappes réciproques, les perspectives de résolution rapide du conflit se sont éloignées. Les négociations diplomatiques restent ouvertes mais demeurent fragiles, tandis que les objectifs des différentes parties restent largement incompatibles : programme nucléaire iranien, rôle régional de l’Iran, régime de sanctions ou encore libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz.
Dans ce contexte, notre scénario central demeure celui d’un conflit durable à intensité variable, caractérisé par :
Le scénario d’une normalisation rapide reste envisageable mais sa probabilité a nettement diminué depuis le début de la crise. À l’inverse, un scénario de rupture majeure impliquant des destructions massives d’infrastructures énergétiques n’est pas aujourd’hui notre hypothèse centrale.
Le détroit d’Ormuz demeure l’un des principaux points de passage stratégiques du commerce mondial de l’énergie. Avant le conflit, près de 20 millions de barils de pétrole y transitaient quotidiennement.
Même si certaines capacités de contournement existent grâce aux infrastructures saoudiennes et émiriennes, les perturbations actuelles affectent :
Cette situation illustre une réalité souvent sous-estimée : les conséquences économiques d’un conflit ne se limitent pas aux zones directement touchées mais se propagent à travers les réseaux commerciaux, industriels et énergétiques mondiaux.
Pour mesurer l’exposition des économies au conflit, TAC ECONOMICS a développé un indicateur de sensibilité intégrant plusieurs dimensions :
Les résultats révèlent une forte disparité entre les pays.
Les économies du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord apparaissent logiquement parmi les plus exposées. Toutefois, certaines économies asiatiques fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures du Golfe, comme la Corée du Sud ou la Thaïlande, présentent également une vulnérabilité significative.
Au sein même du Golfe, les situations diffèrent sensiblement selon les capacités de résilience économique et financière des États.
La crise a profondément bouleversé les marchés énergétiques.
Malgré l’existence de stocks stratégiques et une production mondiale excédentaire accumulée ces derniers mois, les prix du pétrole se maintiennent durablement à des niveaux élevés. Dans notre scénario central, le Brent devrait continuer d’évoluer dans une fourchette comprise entre 100 et 120 dollars le baril, avec des épisodes de forte volatilité.
Les marchés gaziers sont également sous pression. Plusieurs infrastructures ont été endommagées, affectant une part significative des capacités mondiales de liquéfaction.
Pour les entreprises, les conséquences sont multiples :
L’un des enseignements majeurs de notre analyse concerne la différenciation croissante entre les principales économies du Golfe.
Malgré les tensions régionales, l’Arabie saoudite bénéficie encore de plusieurs facteurs favorables :
La hausse des prix du pétrole compense en partie la baisse des volumes exportés, permettant au Royaume de préserver ses marges de manœuvre économiques.
Les Émirats arabes unis apparaissent aujourd’hui dans une situation plus complexe.
Certes, leur diversification économique est la plus avancée de la région. Cependant, le conflit remet en question leur positionnement historique de plateforme stable, sécurisée et attractive pour les investissements internationaux.
Les frappes iraniennes ayant directement visé le territoire émirien, le risque géopolitique associé au pays s’est sensiblement accru.
Cette évolution pourrait affecter à moyen terme l’attractivité du modèle émirien auprès des investisseurs et des talents internationaux.
Une région traversée par des rivalités de plus en plus visibles
Le Moyen-Orient demeure une région fortement militarisée où plusieurs puissances régionales cherchent à renforcer leur influence :
Parallèlement, les grandes puissances mondiales, États-Unis, Chine, Russie et Union européenne, continuent d’y défendre leurs intérêts stratégiques.
Cette compétition se traduit par :
La rivalité entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis constitue désormais l’un des principaux facteurs structurants de la géopolitique régionale.
Les ambitions de diversification économique poursuivies par les États du Golfe créent également de nouvelles formes de concurrence.
Tourisme, finance, logistique, commerce international, transport aérien : les stratégies nationales convergent vers des secteurs similaires, alimentant une rivalité géoéconomique croissante.
Cette compétition pourrait progressivement se traduire par :
Pour les entreprises étrangères, les choix d’implantation ou de partenariat pourraient devenir de plus en plus sensibles sur le plan géopolitique.
Trois messages principaux ressortent de notre analyse :
Dans ce contexte, l’évaluation du risque ne peut plus être uniquement nationale. Elle doit intégrer les dynamiques régionales, les dépendances sectorielles et les recompositions géopolitiques qui redessinent progressivement les équilibres du Moyen-Orient.